• Défi de L'abri côtier

    Château de Keriolet : la folie d'une princesse

    « Je suis la princesse impériale Zénaïde Narischkine Youssoupoff. Je crois qu'on peut dire de moi que je suis une originale. J'ai vécu pendant près de 30 ans, l'été, dans un curieux manoir que j'ai acheté pour mon mari, Charles, à Beuzec-Conq, juste à côté de Concarneau.

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    Laissez-moi vous raconter.
    Charles de Chauveau, mon mari
    Je l'ai rencontré à Paris. Je suis tout de suite tombée sous le charme de cet aide de camp de Napoléon III. Évidemment, il n'était pas concevable qu'une princesse impériale russe épouse un pauvre roturier ! Mais quelle allure ! Au diable les qu'en-dira-t-on ! à soixante ans, veuve et extrêmement fortunée, je pouvais bien faire ce qu'il me plaisait. Charles est devenu Marquis de Serre et Comte de Chauveau, grâce à mon argent. Et je l'ai aidé à réaliser son rêve : entrer en politique. Justement, une place de conseiller général était à pourvoir, à Concarneau. Il ne nous restait plus qu'à acquérir une demeure.

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    Le manoir de Keriolet
    Deuxième coup de foudre, après la rencontre de Charles, ce petit manoir, lové dans la verdure, d'où on aperçoit la mer. J'orne la façade de granit finement travaillé, dans lequel s'incruste les blasons de mon mari, la devise de la demeure « Toujours et quand même », des fleurs de lys, des pattes d'hermine... Tout en haut, je fais porter un ours en pierre, tourné vers l'Est et mon éternelle Russie. Dans la cour intérieure, je m'amuse. Des douves, pour commencer, même si elles restent à sec. Une façade médiévale, à l'ouest, un pan Renaissance, au nord-est. Et la salle de garde, en néogothique. C'est d'un chic !

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    Testaments
    En 1889, ce pauvre Charles meurt et croit pouvoir léguer Keriolet à sa maîtresse et à ses deux bâtards. Aussitôt, j'abandonne mon deuil et me réapproprie le château. J'imagine pour lui un destin bien plus plaisant et qui préservera mon nom, de surcroît. À ma mort, en 1893, le château revient au département, sous la condition qu'il préserve l'ensemble en état. Les collections, le parc, la bâtisse... Ce qu'il ne fera pas.
    Heurts et malheurs de ma demeure

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    Mon arrière-petit-fils, Félix Youssoupov, non content d'avoir assassiné Raspoutine, arrive à reprendre possession du domaine, en 1957. Le félon est en cavale, il a besoin d'argent, il vend tout. Envolées les splendides tapisseries flamandes, oubliés les meubles si précieux, finies les collections chinoises. Croyant appâter la mairie de Concarneau, quand il veut vendre le château, il cède même la margelle du puits, qui se retrouve maintenant à l'entrée de la ville close ! Quel scandale, quelle honte ! La tempête de 1987 finit de mettre à bas le toit, les fenêtres sont brisées, les planchers inondés. Un insolent détruit la chapelle pour construire sa maison avec les pierres... Heureusement, un jeune hobereau a retroussé ses manches depuis 1988 pour redonner à ma vieille demeure tout son éclat.»

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    Propos recueillis d'outre tombe par Marie MUTRICY.